mercredi 25 janvier 2012

+16 jours : Coups de feu dans la jungle forestière juste en face ; les trafiquants de drogue ne sont pas loin...

Dimanche 22 janvier 2012
...il fait 0° C ou encore moins !!! Autour des tentes, à nos pieds, le givre a blanchi l'herbe séchée. Il fait nuit noire et le ciel est étoilé. Dans d'autres circonstances, j'aurais admiré ce panorama céleste, d'une pureté à cette altitude ! Je n'ai jamais été aussi bien réveillé à cinq heures du matin. Le froid glacial m'a empêché de dormir. J'ai l'impression que mes membres ne m'appartiennent plus. Gosia a mis trois pantalons pour la nuit et ajoute qu'elle a mis ses pieds dans son sac à dos pour avoir une couche de plus. Elle n'a pas fermé l’œil comme les autres d'ailleurs. Nous quittons le camp en colonne par un pour grimper une des montagnes imposantes qui nous entourent afin d'assister au lever du soleil qui surgira des ténèbres et à notre grand bonheur. En effet, nous avons hâte que ses rayons nous réchauffent. Mon souffle est court ! C'est la circulation du sang qui reprend dans la musculation tétanisée et mise à contribution par une forte montée. Ma lampe frontale me permet d'avancer relativement bien. Nanlouise chute et s'esquinte le genou. Elle souffre tout en continuant de marcher. Quel spectacle ! A nos pieds s'étale toute la plaine de CHIANG DAO avec le contour de ses villages identifiables aux éclairages publics. On devine des nappes de brouillard qui serpentent dans les valons perpendiculaires. Il est 0600, et il fait toujours nuit noire. Plein est, des lueurs apparaissent de derrière l'horizon de la chaîne de montagnes, le soleil se fait prier. Tout reste dans la pénombre, mais c'est le ciel qui s'éclaire comme un lever de rideau de scène. A 0645 (6 heures avant vous...), le soleil salue les courageux trekkers. Un nouveau jour nous est offert ; merci Seigneur et soit loué depuis le début de ta création jusqu'au dernier jour ! Un oiseau s'est mis à chanter aussitôt, devant nous en contre-bas comme si lui aussi attendait sur une branche d'un arbre ce moment grandiose (ce n'est pas de la poésie, croyez-moi je n'en rajoute pas), alors qu'auparavant c'était le silence total. A ce moment-là, le plus impressionnant reste cette pénombre latérale sur nos têtes et nos corps, seuls sont visibles nos visages reflétés par le soleil !!! C'est un sentiment difficile à décrire : un peu comme un projecteur qui vous éclairerait en pleine nuit. Les mystérieuses montagnes derrière nous prennent d'abord la couleur rouille, puis perdent de leur pâleur avant de nous dominer dans toute leur splendeur. Il manque juste le thermos de thé, celui que j'emporte toujours avec moi en randonnée ! Nous redescendons, thé et café nous attendent. Malgré, le froid - la nuit vécue de minute en minute - je n'aurais pas cédé ma place pour rien au monde ! Le soleil descend de la crête de la montagne et nous attendons impatiemment le moment où il atteindra notre camp. Gosia qui a pris une véritable pharmacie avec elle, examine le genou de Nanlouise. Elle aura besoin de points de suture, l'entaille est large et profonde. Heureusement qu'elle n'a presque pas saigné. Le froid en est certainement aussi la raison et son sang coagule ! Après un déjeuner spartiate, nous levons le camp. Il est 0930. Nanlouise s'appuie sur deux tiges de bambou et courageusement elle avance. Nous l'encourageons. Elle ne nous fait même pas perdre de temps alors qu'elle boite ! Ah, ces Américains-es : « We are born all winners  » ou encore « Just do it ! ». Le paysage à l'envers – car nous reprenons le même chemin - est toujours aussi admirable. En 3 heures et demie de temps, la descente est absorbée. Il est 1335. Chacun-e réalise que nous avons vécu ensemble un moment fort et nous nous échangeons les adresses courriels. Nous prenons congé. Pour ma part, je me réjouis de rejoindre le guesthouse CHIANG DAO HUT où m'attend un magnifique petit bungalow. Je passe au rétablissement comme un bon soldat : une douche, j'aère mes souliers, donne mon linge à laver et me repose une trentaine de minutes étendu sur mon lit thaï (matelas dur et peu épais). C'est ce dont j'avais besoin, ma journée n'est pas encore terminée. J'ai repéré, un plus loin, la possibilité de louer une moto pour une journée au guesthouse MAVEES. Je compte visiter le village (nous sommes à 7 km de CHIANG DAO) et me rendre aux geysers sulfurés villageois qui détendront mes muscles après deux journées de marche et après avoir dormi presque à même le sol. Là, je rencontre un Suisse de Berthoud, en pré-retraite qui vit ici avec une Thaïlandaise. Il s'est pris de passion pour les orchidées. Il en a plus d'une centaine, je crois. Je lui parle de mon trek et des montagnes. Il me dit qu'il les connaît un peu toutes. L'autre jour, il est arrivé par hasard sur un champ de pavot. Il n'était pas très rassuré, en précisant que quand il y a des coups de feu dans la montagne, c'est les trafiquants qui alertent leurs complices ! Je me suis alors rappelé lors du premier jour du trek du DOI CHIANG DAO, avoir entendu un coup de feu dans la montagne d'en face. Je lui demande plus de précisions sur les animaux sauvages. Le tigre aurait fait son retour. Au sujet des serpents, il n'y a pas à aller jusqu'en montagne. Il a déjà vu un cobra dans le jardin du guesthouse où je me trouve à l'instant (le diable est partout me direz-vous)... Non loin de là, il avait découvert un python de 12 mètres de long. Non, je vous assure  que mon interlocuteur n'a rien d'un Marseillais ! J'en ai assez entendu et j'enfourche ma moto en prenant la direction de CHIANG DAO. Le long de la route, je m'arrête sur un marché pour acheter des fruits. Une Thaïe me tend un énorme haricot brun qui serait un fruit et que je regardais curieusement. Pas mauvais. Le soleil s'est couché et en moto je sens la fraîcheur jusque sous mes habits. Je m'engage sur la route me menant au « Hot Spring Water ». L'accès est libre et l'eau soufrée coule dans des cylindres en béton d'un diamètre de 1 à 1,2 mètre et d'une profondeur de 60-80 cm. Un Thaï me fait un peu de place dans cette marmite à vapeur ! Quel bien cela me procure. Avant de sortir, je me plonge dans la rivière où l'eau est froide. Je suis revigoré. Dans la discussion, je demande où manger ? On me répond qu'il faut me rendre à la fête foraine du village. Je repars au guidon de ma Honda. Arrivé sur place, j'ai devant moi un petit parc d'attractions thaï. Tous est différent de chez nous, sauf les enfants qui ont partout le même sourire et des yeux pétillants. Je m'installe dans un restaurant pour y manger. J'avais une grosse faim. Il me reste à rentrer. Le froid me prend à moto...
Les photographies suivront plus tard...