Dimanche
22 janvier 2012
...il
fait 0° C ou encore moins !!! Autour des tentes, à nos pieds,
le givre a blanchi l'herbe séchée. Il fait nuit noire et le ciel
est étoilé. Dans d'autres circonstances, j'aurais admiré ce
panorama céleste, d'une pureté à cette altitude ! Je n'ai
jamais été aussi bien réveillé à cinq heures du matin. Le froid
glacial m'a empêché de dormir. J'ai l'impression que mes membres ne
m'appartiennent plus. Gosia a mis trois pantalons pour la nuit et
ajoute qu'elle a mis ses pieds dans son sac à dos pour avoir une
couche de plus. Elle n'a pas fermé l’œil comme les autres
d'ailleurs. Nous quittons le camp en
colonne par un pour
grimper une des montagnes imposantes qui nous entourent afin
d'assister au lever du soleil qui surgira des ténèbres et à notre
grand bonheur. En effet, nous avons hâte que ses rayons nous
réchauffent. Mon souffle est court ! C'est la circulation du
sang qui reprend dans la musculation tétanisée et mise à
contribution par une forte montée. Ma lampe frontale me permet
d'avancer relativement bien. Nanlouise chute et s'esquinte le genou.
Elle souffre tout en continuant de marcher. Quel spectacle ! A
nos pieds s'étale toute la plaine de CHIANG DAO avec le contour de
ses villages identifiables aux éclairages publics. On devine des
nappes de brouillard qui serpentent dans les valons perpendiculaires.
Il est 0600, et il fait toujours nuit noire. Plein est, des lueurs
apparaissent de derrière l'horizon de la chaîne de montagnes, le
soleil se fait prier. Tout reste dans la pénombre, mais c'est le
ciel qui s'éclaire comme un lever de rideau de scène. A 0645 (6
heures avant vous...), le soleil salue les courageux trekkers. Un
nouveau jour nous est offert ; merci Seigneur et soit loué
depuis le début de ta création jusqu'au dernier jour ! Un
oiseau s'est mis à chanter aussitôt, devant nous en contre-bas
comme si lui aussi attendait sur une branche d'un arbre ce moment
grandiose (ce n'est pas de la poésie, croyez-moi je n'en rajoute
pas), alors qu'auparavant c'était le silence total. A ce moment-là,
le plus impressionnant reste cette pénombre latérale sur nos têtes
et nos corps, seuls sont visibles nos visages reflétés par le
soleil !!! C'est un sentiment difficile à décrire : un
peu comme un projecteur qui vous éclairerait en pleine nuit. Les
mystérieuses montagnes derrière nous prennent d'abord la couleur
rouille, puis perdent de leur pâleur avant de nous dominer dans
toute leur splendeur. Il manque juste le thermos de thé, celui que
j'emporte toujours avec moi en randonnée ! Nous redescendons,
thé et café nous attendent. Malgré, le froid - la nuit vécue de
minute en minute - je n'aurais pas cédé ma place pour rien au
monde ! Le soleil descend de la crête de la montagne et nous
attendons impatiemment le moment où il atteindra notre camp. Gosia
qui a pris une véritable pharmacie avec elle, examine le genou de
Nanlouise. Elle aura besoin de points de suture, l'entaille est large
et profonde. Heureusement qu'elle n'a presque pas saigné. Le froid
en est certainement aussi la raison et son sang coagule ! Après
un déjeuner spartiate, nous levons le camp. Il est 0930. Nanlouise
s'appuie sur deux tiges de bambou et courageusement elle avance. Nous
l'encourageons. Elle ne nous fait même pas perdre de temps alors
qu'elle boite ! Ah, ces Américains-es : « We are born all
winners » ou encore « Just do it ! ». Le paysage à
l'envers – car nous reprenons le même chemin - est toujours aussi
admirable. En 3 heures et demie de temps, la descente est absorbée.
Il est 1335. Chacun-e réalise que nous avons vécu ensemble un
moment fort et nous nous échangeons les adresses courriels. Nous
prenons congé. Pour ma part, je me réjouis de rejoindre le
guesthouse CHIANG DAO HUT où m'attend un magnifique petit bungalow.
Je passe au rétablissement comme un bon soldat : une douche,
j'aère mes souliers, donne mon linge à laver et me repose une
trentaine de minutes étendu sur mon lit thaï (matelas dur et peu
épais). C'est ce dont j'avais besoin, ma journée n'est pas encore
terminée. J'ai repéré, un plus loin, la possibilité de louer une
moto pour une journée au guesthouse MAVEES. Je compte visiter le
village (nous sommes à 7 km de CHIANG DAO) et me rendre aux geysers
sulfurés villageois qui détendront mes muscles après deux journées
de marche et après avoir dormi presque à même le sol. Là, je
rencontre un Suisse de Berthoud, en pré-retraite qui vit ici avec
une Thaïlandaise. Il s'est pris de passion pour les orchidées. Il
en a plus d'une centaine, je crois. Je lui parle de mon trek et des
montagnes. Il me dit qu'il les connaît un peu toutes. L'autre jour,
il est arrivé par hasard sur un champ de pavot. Il n'était pas très
rassuré, en précisant que quand il y a des coups de feu dans la
montagne, c'est les trafiquants qui alertent leurs complices !
Je me suis alors rappelé lors du premier jour du trek du DOI CHIANG
DAO, avoir entendu un coup de feu dans la montagne d'en face. Je lui
demande plus de précisions sur les animaux sauvages. Le tigre aurait
fait son retour. Au sujet des serpents, il n'y a pas à aller
jusqu'en montagne. Il a déjà vu un cobra dans le jardin du
guesthouse où je me trouve à l'instant (le diable est partout me
direz-vous)... Non loin de là, il avait découvert un python de 12
mètres de long. Non, je vous assure que mon interlocuteur n'a
rien d'un Marseillais ! J'en ai assez entendu et j'enfourche ma moto
en prenant la direction de CHIANG DAO. Le long de la route, je
m'arrête sur un marché pour acheter des fruits. Une Thaïe me tend
un énorme haricot brun qui serait un fruit et que je regardais
curieusement. Pas mauvais. Le soleil s'est couché et en moto je sens
la fraîcheur jusque sous mes habits. Je m'engage sur la route me
menant au « Hot Spring Water ». L'accès est libre et
l'eau soufrée coule dans des cylindres en béton d'un diamètre de 1
à 1,2 mètre et d'une profondeur de 60-80 cm. Un Thaï me fait un
peu de place dans cette marmite à vapeur ! Quel bien cela me
procure. Avant de sortir, je me plonge dans la rivière où l'eau est
froide. Je suis revigoré. Dans la discussion, je demande où
manger ? On me répond qu'il faut me rendre à la fête foraine
du village. Je repars au guidon de ma Honda. Arrivé sur place, j'ai
devant moi un petit parc d'attractions thaï. Tous est différent de
chez nous, sauf les enfants qui ont partout le même sourire et des
yeux pétillants. Je m'installe dans un restaurant pour y manger.
J'avais une grosse faim. Il me reste à rentrer. Le froid me prend à
moto...
Les
photographies suivront plus tard...
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