Samedi
21 janvier 2012
...je
viens d'atteindre le quart de mon voyage. Le temps passe à une
vitesse. Je suis prêt pour le départ. Le guide passera à 0915.
Avant, je demande quelques bananes pour mon déjeuner. La cheffe de
service me remet deux bouteilles d'eau et un petit paquet de
biscuits. Puis, elle me tend un livre d'inscription pour tous les
randonneurs. Là, je commence à me dire : « Qu'est ce que je
fais là... je ne suis pas en train de dépasser mes limites ? ».
Comme une fiche d'hôtel, je dois indiquer mes coordonnées, plus le
no de mon passeport, mais tout particulièrement le nom, une adresse,
un n° de téléphone en cas d'accident !!! Il est vrai que ce
n'est pas lors du téléphone de la veille que j'ai obtenu beaucoup
de précisions sur ce trek. Je m'en veux moi qui suis généralement
prévenant... Que mon ange gardien m'accompagne durant cette sortie
en montagne... Un couple américain de San Francisco, un autre
américain, une Parisienne polonaise font partie du groupe. Le guide
avec sa certification TAT (Tourism Authority Thailand) autour du cou,
habillé comme un militaire, les pantalons dans les chaussettes (pour
éviter les bestioles du sol) et sa machette à la ceinture, est
accompagné de 3 porteurs avec affaires de camping, nourriture et eau
pour deux jours. Nous montons tous dans un véhicule pick-up et
prenons la direction du Parc national « THE CHIANG DAO WILDLIFE
SANCTUARY » . A l'ombre, il fait frais pas plus de 10-15 °C.
En remontant la vallée, je suis dans mes pensées car je vois sur ma
gauche les falaises boisées vertigineuses du DOI CHIANG DAO. Je me
dis que s'il faut faire des passages avec le vide d'un côté ou des
deux, je vais me retrouver à genoux ou tout simplement plus être
capable d'avancer. J'avoue avoir le vertige quand bien même j'ai
déjà fait du parachutisme et du saut à l'élastique... Gosia me
raconte son trek en Éthiopie, où y avait du vide sur un petit
sentier à plus de 1500 mètres. Je suis dans mes petits souliers.
Nous arrivons un poste ressemblant à celui d'une douane. Des
"rangers thaïs" en uniforme militaire délivrent les
autorisations pour entrer dans ce parc national et contrôlent les
passages. Nous nous arrêtons dans la montée, à une altitude que
j'estime à 900-1000 m. Nous aurons donc 1200 mètres de dénivelé,
c'est raisonnable. A 1010, nous marchons, chacun une tige de bambou à
la main, les porteurs derrière nous. A chacun, ils doivent porter
entre 20-30 kg. Le plus étonnant c'est que les sangles de leur
monture (ce n'est même pas un sac à dos), sont de simples tissus
non rembourrés ! Je suis un peu mal à l'aise, ce d'autant plus que
j'ai l'habitude de porter un gros sac à dos. Je me rappelle de notre
trek en Écosse où Yannick devait porter vers les 20 kg, Audrey 15
kg (elle était forte, c'est elle qui a le mieux supporté) et moi
vers les 25 kg. On en pouvait plus après le premier jour ! Bref,
après un quart d'heure de chemin, ça monte franchement, Frank est à
la peine. Le groupe marche à un bon rythme, celui du guide qui est
également chargé comme un mulet. Frank insiste pour que je le
dépasse, comme je me suis mis en dernier. Au premier arrêt, nous
attendons Frank depuis plus de 10 minutes. Raisonnablement, il
renonce à nous suivre et redescend avec un porteur. La jungle de
montagne que nous traversons n'a plus rien à voir avec les forêts
exploitées, dont je vous ai parlé lors de mon premier trek dans la
région de CHIANG MAI. Il ne serait pas possible de quitter le
sentier et de s'enfoncer plus d'un mètre tellement la végétation
est dense et luxuriante. J'ai toujours été fasciné par les
reportages de la jungle. Là cela dépasse tout ce que je pouvais
imaginer. D'une part, je suis fasciné par la beauté de la nature
qui a tous les droits et de l'autre j'ai un sentiment de ne plus
maîtriser ce milieu ; c'est le cas de le dire. Il fait chaud
mais en même temps il y a du vent. Après un peu moins de 2 heures
et demie de marche, nous nous arrêtons pour manger. Nous avons le
droit à une natte, alors que le guide et les porteurs se sont
installés sur d'énormes feuilles de bananes ! Un repas froid
composé de riz collé qui se mange normalement par bout avec les
mains (sticky rice) accompagné de « nuggets » et une
sauce sweet and sour. A peine trois quarts heure de pause et nous
sommes repartis. Pour vous décrire le lieu, nous nous trouvons dans
un cirque de montagnes impressionnant que nous avons rejoint après
la longue montée du départ et passé une sorte de petit col. Sur
les crêtes, je vois des palmiers épars. A cette altitude, je n'en
crois à peine mes yeux ! Je ne sais plus où regarder tellement
le décor nous envahit. Nous arrivons au camp de base, au pied du DOI
CHIANG DAO. Nous sommes pas les seuls, il y un ou deux groupes. La
deuxième partie a été absorbée en un peu moins de deux heures. Il
est 1505. Le guide qui ne parle pas un mot d'anglais, nous fait
comprendre que nous pouvons nous relaxer. Toute son équipe se met à
préparer nos tentes et le repas du soir. A 1645, il nous fait signe
de monter - avec deux de ses porteurs – au sommet pour assister au
coucher du soleil. Vingt minutes de montée sur un chemin escarpé.
Je suis heureux d'avoir pris mes souliers de marche et j'ai plus de
facilitée que les autres. Arrivé en haut, un paysage extraordinaire
s'offre à nous qu'il m'est difficile de décrire. A cette heure, le
thermomètre à côté du panneau DOI CHIANG DO affiche encore 16°
C. D'un côté, nous voyons la route de la vallée par laquelle nous
sommes arrivés en véhicule. Finalement, nous n'avons pas eu de
sentiers avec du vide. Je me suis inquiété pour rien. Les quelques
palmiers à cet endroit, les mêmes que ceux du Tessin, me font
penser aux pins de chez nous qui résistent à cette altitude. A 2225
m d’altitude, nous nous installons pour vivre un coucher de soleil
qui n'a pas son pareil. Les couleurs de feu de l'horizon dessinées
par le soleil couchant avec la complicité du ciel, nous envoûtent
et nous transportent dans un monde féérique. Pourtant, nous sommes
bien sur terre, grâce à Dieu. Le soleil a disparu à 1818. Quand,
nous redescendons, un peu à contre-coeur, il fait 12° C. La nuit va
être glaciale. Le repas est prêt et mangeons comme des gloutons. La
marche, l'air vivifiant y sont pour quelque chose. Et la température
continue de descendre. Je m'attendais à un feu ; trop sec selon
le guide. Il fait un froid de canard et il n'est que 2100. Les autres
ont été se coucher. Le guide me dit de le suivre et rejoignons
d'autres guides. Je suis des leur après avoir bu leur whisky thaï
(alcool fort au riz) et du SANGSOM (rhum thaïlandais). On se
retrouve autour d'un feu de brindilles, presque pas de flammes, le
risque est trop important. Un autre Thaï, un tout jeune, arrive avec
une fleur de pavot et une autre que je n'ai pas reconnue mais qui
ressemblait un peu à la première. On me fait comprendre que si je
veux bien dormir... Nous sommes presque à la frontière du Triangle
d'Or, il ne faut pas l'oublier. Mon guide passe un coup de
téléphone ; je n'ai pas vu d'antenne. Il doit avoir un
téléphone cellulaire via satellite, en cas de nécessité. Comme,
nous avons trois tentes, j'ai renoncé à dormir avec Steven,
l'Américain, lui qui est accompagné de son épouse, et laquelle
aurait dû partager sa tente avec Gosia. Je vais donc dormir dans la
dernière tente avec le guide. Entre-temps, nous nous apprécions.
Quant aux deux porteurs par lesquels j'apprends qu'il sont Birmans,
ils dormiront à la belle étoile avec une couverture... Rarement, je
n'ai eu aussi froid de ma vie pour dormir. J'ai gardé mes souliers
aux pieds que j'ai enlevés par la suite car j'avais l'impression de
transpirer... et c'était pareil pour les mains. Malheureusement, ce
phénomène est connu dans le milieu des SDF, qui, s'ils prennent
trop froid, se mettent à se déshabiller. J'en étais pas là.
Comme, je regrette de ne pas avoir pris tous mes habits de randonnée
ainsi qu'une paire de gants et bonnet. Couché à côté du guide,
son ronflement ne me dérange même plus. Je lutte contre le froid
(je sais que je suis volontaire...). Vivement cinq heures du matin
pour se lever...
Les
photographies suivront...
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